mardi 13 septembre 2011

Don't Be Afraid of the Dark


Une petite fille doit vivre avec son père et sa nouvelle petite amie. Celle-ci va découvrir que de sinistres créatures vivent sous les escaliers de sa nouvelle demeure...

Habilement survendu sur le nom de son producteur, Guillermo Del Toro (également co-scénariste!), Don't Be Afraid of the Dark ne vaut finalement pas mieux qu'un produit horrifique de 3e zone qui serait passé inaperçu sans le label magique du réalisateur du Labyrinthe de Pan. Après un prologue archétypal, Don't Be Afraid of the Dark annonce la couleur avec un plan sur une gamine brune qui s'acharne à dessiner des spirales sur sa page blanche, comme tout gamin de (mauvais?) film d'horreur qui se respecte. Le cynisme est facile mais Troy Nixey, dont c'est le premier film, donne le bâton pour se faire battre avec cet empilement de déjà vu sans jamais qu'une pointe d'invention ou de personnalité ne fasse son apparition. Il est encore plus cruel de voir ce long métrage en clôture de l'Étrange Festival, qui célèbre les œuvres bizarres, décalées, originales, de tous pays et toutes époques, pour finir sur une production qui représente tout ce que l'horreur peut avoir d'industriel, mal torché, sans esprit, tartiné d'une musique omniprésente de peur qu'il y ait un instant de silence (pour réfléchir, ou pire, imaginer?). Un bon réalisateur aurait pu filmer ces mille clichés et en faire quelque chose. Comme un bon réalisateur serait parvenu à rendre inquiétantes les bouches d'aération de cette maison hantée sans avoir à ajouter des effets sonores pachydermiques (on se prend à imaginer que les sempiternels souffles-chuchotements menaçants soient remplacés par un jingle d'Hélène et les garçons ou un yeah-hi-yeah-hi-yeah de Corona à chaque pas de la jeune héroïne). Telle la gym queen qui se mire en faisant gonfler ses muscles en plastique, Don't Be Afraid of the Dark n'a que ses jump-scares bidons pour faire sursauter, avec ses livres qui tombent par terre en faisant le bruit d'un avion se crashant dans une usine Swarovski.

Mais l'effroi, le vrai? C'est peu dire qu'avec leurs tours pendables dignes des Minipouss, les créatures lovecraftiennes du long métrage ne relèvent pas le niveau, et évoquent au mieux, lors de passages horrifiques, le fantôme (comique) des Gremlins dans le 2e opus de Joe Dante. Mais le but de Don't Be Afraid of the Dark ne semble pas de faire rire. On ne pourra pas non plus se raccrocher à l'écriture des personnages: fillette insupportable au bout de trois scène, père au rôle à peine pensé, reste Katie Holmes qui se noie dans un emploi de mère sacrificielle perdue dans une maison de fous - s'agit-il d'un sos à peine caché sur sa vraie vie? Blague à part, Don't Be Afraid of the Dark incarne, au-delà de ses clichés d'horreur mal troussée, tout ce qui fait le mauvais cinéma.

1/6

Le palmarès


Le palmarès de la 17e édition de L'Etrange Festival a été dévoilé! Après l'excellent Buried l'an passé, c'est le Belge Bullhead qui a eu les faveurs de Canal+ et qui a reçu le prix Nouveau Genre. Le prix Canal+ du court métrage est allé un peu tristement à Attack de Adam White, qui réduit l'idée de court à une pub, tandis que le prix du public est allé au court La Gran Carrera de de Kota Camacho.

The Man from Nowhere


Un solitaire au passé trouble se lie d'amitié avec une toute jeune fille qui habite à côté de chez lui. La mère de celle-ci est impliquée dans un trafic de drogues...

Hasard de la programmation de l’Étrange Festival cette année : alors que le hongkongais Revenge: A Love Story possédait une perversion et une violence graphique qui le rendait proche de la production coréenne contemporaine, The Man From Nowhere, qui lui est bel est bien coréen, se rapproche plus d’un classique et efficace film de gangster… de Hongkong. Classique, le film l’est en effet beaucoup plus que les autres films de vengeance coréens de ces dernières années. A l’image de l’inévitable scène d’affrontement au ralenti sous la pluie, où le héros tombe forcément à genoux, ou de cette relation entre un flic solitaire et coupé du monde et sa petite voisine abandonnée, The Man… fait le tour du propriétaire des figures du genre. Rien de particulièrement tordu ou surprenant ne vient par ailleurs justifier clairement la sélection de ce film, qui (hormis un contexte un peu glauque de trafic d’organes d’enfants) pour le coup n’a rien de bien étrange. Ce qui ne le rend pour autant ni mauvais ni inintéressant.

Niveau mise en scène, la concurrence coréenne est plus que rude, et Lee Jeong Beom ne fait pas encore le poids face à ses illustres compatriotes, mais propose néanmoins quelques éclats, comme une scène à couper le souffle de saut par la fenêtre. De même, si le scénario perd de sa clarté à force de multiplier les personnages et les règlements de compte, cela se trouve largement compensé par l’accumulation même des mises à mort, qui se font sur un rythme soutenu et régulier jusqu’à la fin. Chacun passe à la moulinette de l’invincible (ou presque) héros, qui castagne sans relâche encore et encore avec le plus grand sérieux. The Man From Nowhere ne fait jamais rien pour en mettre exagérément plein la vue, mais convainc sur la durée, et prouve qu’il n’avait pas tort de faire confiance aux recettes les plus traditionnelles. Il convainc également par son casting qui met face à face le sexy et crédible – c’est compatible - Won Bin (vu dans Mother) et Kim Sae-Ron, qui malgré son tout jeune âge crevait déjà l’écran dans Une vie toute neuve. De quoi mériter son Grand Prix à Beaune (ex-Cognac), et de quoi mériter également une sortie en salles, mais les voies des distributeurs sont impénétrables et quelqu’un a du se dire qu’on avait déjà largement atteint le quota avec seulement trois films coréens sortis cette année (stop, c’est trop !). A rattraper dès à présent en dvd, donc.

4/6

Endhiran


Le professeur Vaseegaran travaille depuis dix ans sur l’oeuvre de sa vie : la création d’un androïde intelligent, capable d’apprendre et de comprendre le monde qui l’entoure. Son souhait est de léguer son invention à l’armée indienne. Tout déraille lorsque le robot tombe amoureux de sa fiancée…

Non, les films de Bollywood ne sont pas uniquement digérables et appréciables au second degré. Stop à la condescendance qui veut qu’en Occident, on ne puisse voir ces blockbusters musicaux que pour s’en moquer: l’Inde, plus gros producteur cinématographique au monde n’a pas à prouver que ses œuvres méritent d’être prises au sérieux. Et pourtant… Endhiran vient compliquer la question. Depuis sa sortie triomphale l’an dernier, le long-métrage a fait le bonheur des internautes du monde entier qui ont propagé avec un enthousiasme plus ou moins moqueur ses meilleures scènes et sa réputation de film déjà culte. Même en cherchant à défendre le cinéma indien (car Endhiran ne vient pas de Bollywood mais de Kollywood, c’est à dire qu’il a été tourné à Chennai, en langue Tamoul), on ne peut que confirmer : l’éternelle candeur des blockbusters musicaux ne fait ici pas vraiment le poids face à … face à quoi d’ailleurs ? De l’audace ? De l’inconscience ? De la bêtise ? Comment trouver les superlatifs adéquats pour commencer à décrire ce que l’on découvre stupéfaits, bouche bée et les yeux écarquillés ?

Endhiran mérite entièrement sa place à l’Étrange festival, dans le sens où même dans l’univers très codé des crowd-pleasers indiens (qui brillent moins par leur souci de crédibilité que par leur enthousiasme), il n’a pas peur d’exploser les limites. Des robots qui s’assemblent pour se transformer en flingue, en géant, puis en serpent ? Ok. Une chorégraphie (complètement hors-intrigue) sur le Machu Picchu en costumes mayas ? Ok. Des chansons sur les protons et les électrons ? Ok. Ce tsunami d’éléments non-crédibles est tout simplement fascinant. Comment autant d’argent a-t-il pu être dépensé sur des scènes aussi génialement absurdes et stupides (le héros parle à un moustique et lui demande de s’excuser pour avoir piqué sa fiancée. Hein ?). Jusqu’où cela va bien pouvoir aller ?

Ce qui sauve (à moitié) Endhiran des abîmes du nanar, c’est qu’il s’agit autant d'un film de science fiction qu’une comédie (romantique et musicale). Et pourtant, on n’est pas bien sûr qu’il fasse exprès d’être aussi drôle. La dose de non-crédibilité supplémentaire aux yeux occidentaux tient sans doute en deux points. D’une part,le personnage principal, censé être un tant soit peu séduisant et surtout hyper sportif et bagarreur, est interprété par un acteur de 60 ans (une méga star là-bas), qui une fois relooké ressemble moins à un beau gosse qu’à un vieux Oompa Loompa déguisé en Michou. D’où vient cette amusante manie indienne de faire passer des papa-poussahs pour des gossbo réels ? L’autre problème, c’est de considérer Matrix (première référence évidente) comme horizon indépassable de la modernité. C’est oublier que le film a été réalisé il y a plus de dix ans et qu’il a été copié maintes fois depuis. On sait que le film a nécessité huit années de pré-production et que le marché indien est un peu coupé du cinéma occidental, mais à ce point ? Les effets spéciaux font déjà un peu datés, et le résultat ressemble parfois moins à Transformers ou The Cell qu’aux clips des années 90 d’Ophélie Winter et Janet Jackson.

Et pourtant, malgré tout ça, il y a quelque chose de tout bonnement irrésistible dans ce feu d’artifice hystérique, une excitation et un enthousiasme hyper contagieux de gamin qui s’amuse avec les plus gros jouets du monde. Ainsi que la plus belle poupée : Aishwarya Rai qui fait ce qu’elle peut avec un rôle de potiche à faire pleurer les féministes, et qui se retrouve tantôt lookée en cyborg ringard ou en Pussycat Doll r’n’b. Les meilleures scènes du film sont peut-être finalement les scènes de danse. Qu’elles soient simples (parfois) ou over the top (souvent), ces sont en tout cas les plus concrètes, et paradoxalement celles où il y a le plus de vie et d’énergie. Endhiran est un ovni kitch qui n’a peur de rien et surtout pas du ridicule. C’est toujours une qualité, même si à l’arrivée on compte un peu les morts. Peut-être moins réservé aux amateurs de Bollywood sérieux qu’aux amateurs de nanars, le film est pour ces derniers une véritable pépite culte.

5/6

dimanche 11 septembre 2011

Entretien avec Damien Dupont, co-réalisateur de "Jean Rollin, le rêveur égaré"


Présenté à l'Étrange Festival, Jean Rollin, le rêveur égaré fait le portrait d'un cinéaste hors norme, aussi culte qu'attachant. Nous avons interviewé Damien Dupont, co-réalisateur du documentaire avec Yvan Pierre-Kaiser, qui se confie sur cette figure unique du fantastique français.

FilmDeCulte : Qu’est-ce qui vous a donné envie de faire ce documentaire sur Jean Rollin ?

Damien Dupont: Une rencontre avec Jean. Yvan avait trouvé son numéro de téléphone dans l'annuaire. Suite à une discussion téléphonique, nous sommes passés chez lui pour qu'il réponde à une question qui nous taraudait : "Comment faire des films fantastiques en France ?". Dans son petit appartement parisien, on a rencontré un homme affable très content de nous rencontrer. Bien sûr, il fut incapable de répondre à notre stupide question. En gros, il nous a répondu de réaliser des films sans forcément avoir de budget et de bosser à côté. Par la suite, on a discuté de sa carrière hors norme, de la réception publique et critique de ses films. En sortant de chez lui, Yvan et moi, nous nous sommes regardés et il était évident qu'il fallait réaliser un film sur cet homme unique.


FdC : Quelle a été sa réaction lorsque vous lui avez annoncé que vous souhaitiez faire un documentaire sur sa carrière ?

DD: Très content. Il nous a toujours soutenus tout au long du processus d'écriture et de tournage. Au bout de 3 ans, il était surpris que l'on ait encore des questions à lui poser. Je me souviens que le teaser l'avait beaucoup enthousiasmé. On l'a même trimballé au Père Lachaise alors qu'il avait des problèmes pour marcher. Il faut savoir que Jean ne se plaignait jamais, absolument jamais. On arrêtait les interviews quand on sentait qu'il était au bord de l'épuisement.

FdC : La confection du documentaire a demandé 4 ans. Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

DD: Le premier problème est de ne pas avoir de budget. Heureusement, Thomas Van Hoecke (le 3ème homme du film) a une minuscule boîte de prod (Purple Milk), quelques caméras et quelques micros. Sans lui, le film aurait été impossible. Bon et puis, il a fallu dérusher 4 ans de tournage. Toutes les minutes, je notais ce que disaient les intervenants pour ne pas se perdre par la suite au montage. Après, le film fut monté sur un PC portable. Je crois qu'il n'a pas survécu, il plantait tout le temps. Et quand on a commencé à dépasser les 60 mn, ce fut vraiment problématique. On faisait constamment des sauvegardes de peur de perdre le montage. Pendant le tournage, Jean a fait une AVC et une crise cardiaque. Il a fallu attendre qu'il se remette, ce qu'il a pu en partie seulement. Les 2 dernières années, il était vraiment faible mais souhaitait toujours répondre aux questions. Une vraie leçon de vie.

FdC : La façon dont Rollin est perçu en France et à l’étranger diffère parfois. Vous avez pu présenter ce documentaire au Canada, quelles ont été les réactions ?

DD: N'ayant pas beaucoup d'argent, nous n'avons pas pu nous rendre à Fantasia au Canada. Néanmoins, j'ai un contact dans ce pays (Sabine Garcia que je salue) et il semble que l'accueil fut vraiment bon. Hélas, le montage n'était pas encore fini et l'interview de Philippe Druillet n'avait pas encore été faite !

FdC : Les intervenants insistent beaucoup sur le manque de reconnaissance de la presse dont a souffert l'œuvre de Rollin. Est-ce que la beauté de son cinéma, ça n’est pas précisément d’être tellement hors normes, ovni, avec un cinéma de genre, une économie radicale, un ton unique, qu’il ne peut être mis sur la même échelle que les autres cinéastes ? Comme un cinéma qui, justement et délibérément, n'irait pas chercher de reconnaissance "officielle"?

DD: Il est évident que le cinéma de Jean n'est pas mainstream et en aucun cas grand public. La "reconnaissance officielle" ne voulait pas dire grand chose pour lui, il était vraiment anar dans l'âme. Le grand problème pour Jean était d'être français. Un pays où le cinéma (depuis quelques décennies) est devenu (en dehors de quelques exceptions) très académique, extrêmement balisé. Forcément, quand tu réalises des films à la marge, tu ne peux recevoir que du mépris et une immense condescendance. Heureusement, on sent depuis quelques temps un mouvement de fond vers une nouvelle contre culture. Car, Jean était, en fait, l'un des derniers représentants de la contre culture française des années 60 et 70. Dans des pays où cette contre culture existe encore, Jean avait une reconnaissance : Angleterre, États-Unis, Japon etc.


FdC : Derrière l'histoire du cinéma de Rollin, il y a une histoire du cinéma qui se dessine. Les débuts influencés Nouvelle vague, l'exploitation porno, l'abandon du 35mm. Aviez-vous cela en tête en faisant ce documentaire?

DD: Oui, nous en étions pleinement conscients. On voulait absolument croiser l'histoire "officielle" du cinéma français avec l'histoire "officieuse". Le parcours de Jean nous permettait cela et c'était très intéressant d'expliquer pourquoi nombre de cinéastes ont dû faire du porno pour manger par exemple.

FdC : Ses films ont été redécouverts par un nouveau public ces dernières années grâce notamment au dvd. En était-il conscient ? S’est-il confié sur le sujet ?

DD: Oui, il en était pleinement conscient. D'ailleurs, il était toujours très surpris de l'accueil très enthousiaste qu'il pouvait recevoir dans des festivals étrangers, notamment en Amérique du Nord et en Angleterre.

FdC : Il y a eu un renouveau ces dix dernières années en ce qui concerne le fantastique francophone. Et même s’il y a eu des réussites (je pense à Fabrice du Welz, à Pascal Laugier, entre autres), ces tentatives ont souvent mal été accueillies en France, et beaucoup plus chaleureusement à l’étranger. Est-ce selon vous une situation qu’on peut rapprocher de celle de Rollin ?

DD: Forcément, il y a "sentiment d'exotisme" aux États-Unis quand ils voient les œuvres de Jean ou celles sus-citées. C'est tellement différent du cinéma fantastique américain. Néanmoins, la situation de Jean Rollin n'est pas la même. Les budgets de ses derniers films ne sont pas comparables à ceux de Martyrs et de Vinyan. Ce n'est pas pour rien que le tournage de La Nuit des horloges a duré 4 ans ! Pascal Laugier a eu des problèmes avec la censure sur son dernier film mais il était sur le plateau de Denisot. Vinyan a fait la couv' de Mad... On ne peut pas dire que La Nuit des horloges ou Le Masque de la Méduse aient eu le même traitement par la presse française et nord-américaine. Jean était vraiment un franc tireur et un véritable indépendant.


FdC : Quel est le film qui, à vos yeux, caractérise le mieux le cinéma de Jean Rollin ?

DD: Question extrêmement difficile. J'hésite entre Requiem pour un vampire et La Rose de fer... disons que ces deux films sont magnifiquement réalisés et empreints d'un érotisme mortuaire typique de son cinéma. Ce sont de magnifiques rêves où l'on peut se laisser porter et découvrir une œuvre absolument unique.

FdC : Comment comptez-vous exploiter ce documentaire ? D’autres festivals sont-ils prévus, une sortie dvd ?

DD: Pour le moment, j'essaie de contacter des chaînes de télévision susceptibles d'être intéressées. Pour 2012, un DVD est prévu avec pas mal de suppléments dont une interview de Philippe d'Aram (le compositeur des films de Jean). D'autres festivals sont prévus: Lünd, Sitges, Trieste et on essaie d'en obtenir d'autres.

Revenge : A Love Story


Un tueur s’attaque aux femmes enceintes en les éventrant pour faire disparaitre le fœtus. Les enquêteurs découvrent avec horreur que ces femmes étaient en fait les épouses de deux collègues. Les inspecteurs arrêtent un jeune homme de 23 ans et réalisent qu’il se venge pour une affaire ayant eu lieu six mois auparavant...

Voilà un titre un peu passe-partout qui mérite pourtant qu’on lui prête attention. Car Revenge : A Love Story n’est pas seulement un film de vengeance, ni une histoire d’amour, mais réussit le mini tour de force d’être les deux à la fois, sans qu’un de ces aspects ne vienne empiéter sur l’autre ou le rendre moins crédible. Ils s'agit pourtant d’un film noir, noir foncé même, si l’on en croit les toutes premières séquences à base de femmes enceintes mutilées et de fœtus volés. Et pourtant, passé ce postulat de départ d’une violence sauvage, le film parvient à évoluer de manière surprenante et classe. Tout d’abord grâce à une structure en flash-back assez habile, donnant à assembler peu à peu les pièces de cette histoire de vengeance, tout en lui fournissant l’indispensable dose d’implacable fatalité pour la rendre particulièrement impressionnante. Mais au-delà de cette très efficace mécanique, l’autre grande qualité du scénario ce sont ses personnages. Non seulement, comme dans toute bonne tragédie, chacun a des raisons d’agir comme il le fait, mais surtout chaque personnage est particulièrement crédible et attachant, de manière à rendre la partie histoire d’amour très réaliste. C’est là l’une des grandes réussites de Revenge : A Love Story : se permettre d’interrompre son engrenage de violence pour raconter l’histoire de jeune gens qui tombent amoureux l’un de l’autre, de parvenir en quelques courtes séquences à faire croire à cet amour naissant, et même le rendre émouvant, le temps d’une scène de carrousel aussi poétique qu’inattendue. Bravo au scénariste, mais aussi bien sûr bravo aux acteurs. Ces séquences à l’émotion inattendue noircissent évidemment encore plus la suite du film jusqu'à son dénouement et ne doivent pas faire oublier le nihilisme du scénario.

Impossible à sortir en Chine à cause (un peu) de ses quelques scènes de nudité et de violence sexuelle, ainsi (surtout) qu’à cause de ses personnages de flics corrompus, on espère que Revenge : A Love Story connaitra à l’international le succès et la reconnaissance qu’il mérite. Le long métrage possède en effet suffisamment de maitrise, de qualités et d’originalité pour lui valoir une sortie en salles chez nous (on croise les doigts). S’il faut le placer dans une filiation, elle est moins à chercher dans les productions hongkongaises que du coté de la Corée, notamment de ses récentes réussites J'ai rencontré le diable ou The Murderer. D’excellentes références face auxquelles Ching-Po Wong et son film n’ont absolument pas à rougir. Une révélation.

5/6